🎦 Comment Zoom sort 300 contenus avec 5 personnes (et zéro burnout)
#29 - Découvrez comment Zoom orchestre 300 contenus/an avec 5 personnes. Plus : Google admet que le web ouvert s’écroule, et OpenAI prépare la pub dans ChatGPT.
Commençons cette édition, si vous le voulez bien, par un fait aussi choquant qu’inconnu du public : dans la plupart des entreprises B2B, le contenu reste traité comme une annexe décorative (bon ok, j’ai menti, ça c’est une évidence).
Vous savez, un peu comme la plante verte à l’accueil : on trouve ça sympatoche, ça donne bonne conscience, Gérard-Alphonse le secrétaire lui a même filé un petit blaze, mais personne n’a vraiment réfléchi à ce qu’elle apporte au juste. Bah idem pour le content marketing : on sort des articles de blog en roue libre, on aligne deux webinaires, un épisode de podcast, on poste quinze fois sur LinkedIn et chacun repart dans son silo en cochant la case “on fait du contenu media, on est des putains de rockstar”.
Le hic, c’est que cette vision folklorique du contenu le réduit à une brique : interchangeable, jetable & sans valeur systémique.
Or, dans les organisations qui performent un minimum, le contenu, c’est pas une brique. C’est la colle. Celle qui aligne les récits produits, les objectifs de demand gen et la cohérence de marque.
Et en la matière, c’est exactement ce qu’a pigé Zoom : dans une interview, Jennifer Clark (Head of Content) explique comment son équipe (minuscule par rapport à l’échelle de l’entreprise) fonctionne comme un hub stratégique. Avec seulement cinq personnes (!), ils sortent 300 assets par an sans sombrer dans la volumétrie d’une usine : ils le font parce que chaque pièce est pensée comme un maillon d’un système.
Leur contenu est ainsi placé au centre d’un doux modèle affublé du nom de POD (product marketing, demand gen, content), et sans lui, pas de récit produit intelligible, pas de campagne qui décolle, pas de marque qui reste audible.
Car quand je parle de colle, chez Zoom, c’est pas qu’une métaphore, c’est un cadre de gouvernance qui unifie trois forces souvent contradictoires : la pression produit (mettre en avant les nouvelles features), la pression marketing (générer du pipeline) et la pression brand (garder une histoire cohérente). Le rôle du contenu est d’arbitrer, d’orchestrer et de trouver les assets qui servent ces objectifs sans que l’un vampirise les autres.
Moi, personnellement, j’aime bien cette idée de colle (que celui qui n’a jamais sniffé de la UHU me jette un parpaing) ; ça sous-entend qu’un système éditorial n’est pas seulement une usine à produire des trucs : c’est une architecture de gouvernance et de priorisation qui fait tenir debout tout le reste. Dans les frameworks qu’on a disséqués dans les dernières éditions (MKT1, ou chez Typeform), on retrouve la même alerte : sans système clair, le contenu finit par générer exactement l’inverse de ce qu’il promet.
Je vous propose donc, au cours de cette édition, d’arrêter de mesurer le contenu comme une stack de briques (nombre d’articles, impressions LinkedIn, visites SEO…) mais de commencer à le juger comme une colle : quelle cohésion crée-t-il ? Quelle circulation des idées rend-il possible ? Quels récits permet-il de répandre de façon cohérente dans toute l’organisation ?
La morale étant peut-être celle-ci : si vous continuez à empiler des briques de contenu sans colle, il y a fort à parier que votre mur tombera au premier coup de mistral.
🎙️ Vous vous ennuyez depuis la rentrée ? La saga Lauren Hurst, à (ré)écouter dans son intégralité ici.
🤖 Vos lecteurs ne veulent pas plus de contenu, juste du contenu humain : trois vétérans du marketing résument bien l’arnaque du moment : l’IA peut accélérer vos process, pas votre pertinence. Si votre contenu ne pique pas, ne surprend pas, ne raconte rien que vous seul pouvez raconter, il restera au fond de la pile avec tous les autres trucs soporifiques que l’on peut se fader ici et là.
⚰️ Google découvre que le web se meurt (sans blague) : après avoir juré que “le web est florissant”, Google lâche devant un juge que “le web ouvert est déjà en déclin rapide”. Officiellement, ils parlaient juste des ads en display, mais officieusement, c’est l’aveu quand même que l’eldorado du trafic gratuit est cuit. Si votre plan contenu repose encore sur “Google nous sauvera”, vous êtes déjà dans le cercueil et il vous reste plus qu’à choisir la couleur du couvercle.
💵 Bientôt des pubs dans ChatGPT ? En manque cruel de fric, OpenAI réfléchit à monétiser ses 800 millions d’utilisateurs gratuits via de la publicité. On parle ici de réponses sponsorisées glissées dans vos conversations, façon “Salesforce recommande ceci” juste après avoir demandé “meilleur CRM pour PME”. Officiellement, Sam Altman jurait que les ads seraient un dernier recours ; officieusement, l’infra coûte une blinde et l’or de l’intention (questions ultra ciblées = audience chaude) est beaucoup trop tentant.
🎨 En panne d’idée pour créer votre identité LinkedIn ? Ça tombe bien, je suis tombé totalement par hasard sur ce chouette carrousel d’Annabelle Jacquet qui recense tout un tas de styles. Y’a plus qu’à ensuite, comme on dit.
Avant d’entrer dans le dur, permettez-moi d’abord de planter un chouille le décor, et imaginez un flûtiste seultou sur scène.
Le gonze s’applique, son souffle est pur, ses notes sont claires, et on entend distinctement la mélodie. Sauf que bon, après avoir enchaîné plusieurs morceaux, le public commence à bailler sévère et l’attention s’effrite : faut dire que le son reste le même, sans véritable surprise.
Ok, maintenant, imaginez un orgue. Même souffle, mais démultiplié en registres, en harmonies, en contrastes, en profondeurs ; chaque touche résonne avec les autres, chaque voix enrichit la précédente. L’effet n’est plus linéaire : il est enveloppant, presque total.
(expérience validée par Bibi qui a assisté à une représentation de ce genre dans une église au milieu de la nuit avec la Toccata en guise de Lacs du Connemara, c’était super cool)
Bon, bah voilà : c’est la différence entre générer du contenu et orchestrer une stratégie.
Parce que publier beaucoup, n’importe qui peut le faire aujourd’hui, surtout avec l’IA qui pond du draft par centaine : le “volume” n’est donc plus un problème. Mais transformer cette matière brute en une musique cohérente, captivante et tenable sur la durée, ça, c’est une autre paire de manchettes.
Et c’est précisément cette partition qui se joue chez Zoom.
L’orchestration est-elle supérieure à la production de contenus ?
Chez Zoom, l’illusion du plus = mieux a vite volé en petits confettis, et leur équipe n’a pas choisi la fuite en avant mais l’orchestration et la discipline.
Dans l’interview, Jennifer Clark martèle un truc intéressant : son équipe n’est pas “une content factory qui crache du volume”, mais une mini-cellule orchestrée : ils sont cinq personnes, ils créent certes 300 assets en un an, mais pourtant, zéro sentiment d’usine à contenus pour la simple raison que chaque asset est relié aux autres ; parce que rien n’est produit sans un formulaire d’entrée qui sert de porte obligatoire pour toute demande de contenu, et qui oblige à dire quel objectif, quelle audience, quelle métrique de succès…
Autrement dit : chez Zoom, personne ne commence par “créer un article de blog”, ils commencent par “quelle valeur devons-nous délivrer ?”.
C’est là qu’on touche le vrai nerf du marketing éditorial de nos jours, car produire du volume, c’est trivial. Orchestrer, c’est stratégique. Et orchestrer signifie trois choses très simples mais que peu d’équipes tiennent dans la durée :
Aucun cul-de-sac : pas de contenu qui meurt après sa publication, chaque asset pointe vers un contenu suivant (le fameux “no dead ends” qu’on a déjà vu chez Typeform, c’est fou comme les boîtes performantes usent des mêmes ficelles tiens).
Un portefeuille éditorial : un pilier devient dix formats satellites, recyclés, adaptés, distribués, exactement comme on diversifie un investissement pour en maximiser le rendement.
Une gouvernance qui tranche : le modèle POD utilisé chez Zoom sert à aligner des objectifs souvent divergents. Le contenu n’est pas spectateur : il arbitre, il donne la forme finale qui relie la leadgen, le besoin de visibilité produit et la cohérence de marque.
Bref, Zoom, en pratique, démontre qu’avec peu de moyens humains, ils produisent plus d’impact parce qu’ils jouent de l’orgue, pas de la flûte. Et j’ai rien contre les gens qui jouent de la flûte, hein.
Ok, mais pourquoi ça marche ?
On l’a vu, la force de Zoom, c’est d’avoir refusé le piège le plus courant du content marketing : l’équation foireuse “plus de contenu = plus de résultats”. Dans 80% des boîtes, cette équation se traduit en hamster wheel permanente : on produit sans trier, on publie sans rien organiser du tout, et on s’étonne que le content marketing est un centre de coûts qui rapporte queud’.
Je vous rappelle - sait-on jamais - que jusqu’à 70% du contenu B2B produit n’est jamais utilisé par les ventes ou le marketing. Autrement dit, on claque des millions pour remplir des Drive avec du contenu inutile.
Chez Zoom, l’orchestration évite ce gaspillage, car l’intake form décrit par Jennifer Clark agit comme un garde-fou : pas de demande sans objectif, pas d’article produit sans rôle clair dans le funnel. Chaque contenu est conçu comme un asset servant à générer du pipeline, pas comme un décor en carton pâte.
À l’inverse, dans la plupart des organisations, on balance des blogs “SEO-first” qui génèrent du volume mais laissent la quasi totalité des visiteurs repartir sans laisser de trace.
Et l’addition se limite pas aux KPI : l’absence d’orchestration épuise les équipes. La “content fatigue” est réelle puisque plus d’un marketeur sur deux avoue avoir déjà frôlé le burnout face à la pression de produire toujours plus, sans vision claire.
Zoom prouve l’inverse : moins d’allers-retours, moins de contenus morts, et surtout une équipe protégée du mode hamster grâce à une discipline opérationnelle. Là où beaucoup subissent le chaos, ils imposent donc une partition.
Comment traiter son contenu comme un produit ?
Bref, vous connaissez désormais le secret de Zoom : penser le contenu comme un produit. Quelques petits tips actionnables (et pragmatiques) issus de l’interview que vous pouvez mettre en route chez vous dès maintenant :
Installez un formulaire en barrage (même basique)
Un Google Form à la con suffit pour commencer : à chaque demande de contenu, forcez vos collègues (ou vous-même) à répondre : Quel objectif business ? Quelle audience cible ? Quelle métrique de succès ?
Vous venez de créer l’équivalent du ticket produit. Vous devriez mesurer derrière moins de “random acts of marketing” et plus de clarté sur le rôle de chaque contenu.
Construisez un backlog éditorial
Chaque demande validée alimente une liste priorisée ; classez-la comme une roadmap : “must have” (assets critiques pour une campagne ou un lancement produit), “nice to have” (contenus evergreen ou expérimentation).
Objectif : arrêter de publier “parce qu’il faut” et commencer à publier parce que ça sert un objectif clair.
Déployez le fameux principe du “no dead ends”
Chaque contenu doit ouvrir vers une suite logique pour faire progresser le prospect dans son cheminement. Concrètement : ajoutez systématiquement un CTA contextuel dans chaque page.
Traitez vos piliers comme des investissements
Imaginez un gros dossier bien fat : dans une logique produit, c’est votre “feature principale”. Vous pouvez le décliner en 5 posts LinkedIn, 2 carrousels, 1 séquence mail, 2 scripts vidéo. Vous maximisez par conséquent le ROI du temps passé.
Bonus : vous pouvez repurposer l’existant avant de créer du neuf, ce qui réduit la dette éditoriale.
Se concerter en comité (même réduit)
Inspirez-vous du modèle POD employé chez Zoom : un binôme ou trinôme marketing + sales + produit. L’idée : se réunir régulièrement (même 30 minutes par mois) pour arbitrer ce qui rentre dans la roadmap. Vous gagnez en alignement et en légitimité.
Bref, vous arrêtez de gérer votre contenu comme une usine et vous commencez à le piloter comme une roadmap produit : limité en ressources, mais maximisé en impact.
tl;dr pour les feignasses
Produire beaucoup c’est trivial, orchestrer la demande est stratégique.
Zoom le prouve : 5 personnes, 300 assets/an, zéro chaos grâce à un intake form + modèle POD.
3 règles : no dead ends, portefeuille éditorial, gouvernance claire.
Et si vous avez des copains ou des copines dans ce genre de galère :
Si vous avez envie de tester plein d’outils IA sans sortir la CB toutes les cinq minutes, jetez un œil à LM Arena.
La meilleure description que je puisse en donner, c’est que c’est une sorte de cour de récré géante où l’on peut comparer, benchmarker et tester différents modèles IA gratuitement. Texte, image, code… et depuis peu, vidéo via Discord. Intérêt pour vous :
Explorer rapidement les différences entre modèles (ça évite de croire que “toutes les IA se valent”).
Prototyper sans friction un prompt, une image, une vidéo pour vos contenus.
Démystifier l’IA en équipe : montrer en live ce que ça peut (et ne peut pas) faire.
Je m’en sers personnellement - et entre autres - pour tweaker ma tronche avec Nano Banana, ce qui m’évite la lourde tâche de faire des selfies éclatés pour poster des nullités hors-contexte sur LinkedIn.
Mais va quand même falloir que je prenne 5 minutes pour tester la génération de vidéos un de ces quatre.
🎥 Psst. Vous avez maté ma dernière vidéo ?
📨 Breaking news : votre contenu se gère pas tout seul.
Si vous empilez encore des articles SEO-first comme des briques en espérant bâtir un pipeline, spoiler : votre mur va se casser la gueule. Mon boulot : installer une charpente éditoriale robuste (comme chez Zoom). Pas produire + de contenu, mais mieux l’orchestrer, mieux le distribuer, et mieux le rattacher au business.
Je vous dirais bien un truc genre “vite, plus que 2 jours et 4 places dispo”, mais ce serait un vilain mensonge. Pour papoter d’un éventuel projet :
🫠 Comment que vous avez trouvé cette édition ?
Vous pouvez m'aider à le savoir en likant l’édition (ou pas) ci-dessous, voire en laissant un commentaire salé comme la Mer Morte.
Si ça vous a botté, vous pouvez aider cette noble missive à se tailler une réputation par-delà les étoiles de Substack :








Un lien ne marche pas :(
Les "trois vétérans du marketing résument bien l’arnaque du moment".
Toujours aussi passionnante, la news !
J'ai adoré le concept de "colle" narrative. Je ne sais pas quoi dire d'autre, car l'édition n'était pas juste philosophiquement intéressante, mais professionnellement aussi. Tu m'as donnée envie de regarder un peu zoom pour un de mes clients, justement, et faut que je prenne clairement ce temps.
En revanche, je me suis dit "mince, j'ai raté sa dernière vidéo ?!" et non, c'était la masterclasse (oui) landing page. Je dis "en revanche", parce que j'ai pas aimé voir que j'avais été la seule à laisser un commentaire. Crois-moi, ça ne reflète pas du tout la qualité de ta vidéo, ton travail est vraiment excellent et inspirant.